2 Ailes hautes au lac Balaton

(texte : Rachel Muller – photos : Alexandre Stanescot)

 

  • Résumé du vol : 2050km
  • Durée du vol : 13h50
  • Aller : 1 étape – 1 escale
  • Retour : 0 étape – 2 escales

 

Mettre les pieds dans le lac Balaton, le lac le plus vaste d’Europe centrale, une idée qui trotte dans la tête depuis un moment, discussion avec d’autres pilotes lors d’un repas et Alex se montre emballé. Sans hésiter, on envisage de bloquer un weekend end prolongé sur début juillet.

Plusieurs échanges de mails sur la route se feront le début de semaine avec propositions des terrains stop refuelling et dodo.

La première nuit pourrait être Vilshofen. L’approche, pour atterrir sur cette piste parallèle au Danube est magnifique, de l’Avgas est disponible et seul un pont est à traverser pour se rendre, à pieds, dans le pittoresque centre-ville. La deuxième nuit pourrait être Siofok, pour avoir lu des éloges sur un terrain où tout est disponible, logement, restauration, essence : le paradis des pilotes à quelques kilomètres du lac.

Les éléments se mettent en travers de notre chemin:

Problème du stop en Allemagne:

-Vislhofen EDMV accueille le “Donau in Flammen”, 2000 spectateurs sont attendus sur la piste du vendredi au dimanche matin. Parquer l’ulm est vivement déconseillé. Eggenfelden EDME semble alors une option, vite abandonnée car le terrain ouvre seulement à 9.00. Pour traverser l’Autriche il faut envisager de partir plus tôt. Reste, en dernier recours, Kirchdorf am inn EDNK , un petit terrain juste à la frontière dont les commentaires dans “Eddh.de” sont très bons.

2 jours pour réussir à joindre le responsable, décideur, et le 3eme pour la réponse finale positive. Lui-même absent, il est parvenu à organiser un collègue. Youppi !! Le stress commençait à monter.

Problème du stop en Hongrie:

-Siofok LHSK est fermée, des travaux en cours pour une piste bétonnée n’indiquent pas de date de fin. Soit, prenons contact avec Papkutapuszta LHPK, oui mais… le weekend end du 8-9 juillet c’est le “Balaton Sound”, un gigantesque festival musical plein air non-stop, les hôtels et locations à plusieurs kilomètres à la ronde sont overbookés affichant complet. Quant au camping sur la fête, il est d’emblée éliminé : pas possible de dormir et être en forme pour piloter le lendemain. Alors ce sera Heviz, l’aéroport international, ouvert H24, gardé, avec ses facilités d’essence et de location de voiture. Sauf qu’un international… La time table est dénichée sur le net pour pouvoir calculer et planifier au mieux notre arrivée pour ne pas devoir jouer avec 4 décollages et atterrissages de grosses bêtes lors de la prise de contact avec la tour pour les informations de landing, avec nos 81kt et nos 400 et quelques kilos..

Stop pour refueller :

Heureusement le stop refuelling et pause syndicale rapide pour les pilotes à mi-chemin ne pose pas de problèmes: Schwaebischall EDTY, aucune contre-indication détectée.

On s’envoie les routes via email, corrigeant l’un ou l’autre point pour satisfaire chacun.

Evaluation continuelle des prévisions météorologiques, guettant les changements, appréhendant les détériorations et se réjouissant des améliorations. Sauf que ça change tout le temps….

La vidange du petit bleu est faite la semaine précédant le départ. Le Nynja est passé au peigne fin avec même le check de la visserie intérieure grâce à une caméra. Quant au dimanche, dernières vérifications, les pleins, et viva dans la malle la branlette, le kit d’amarrage, la trousse d’outils, un demi-litre d’huile et d’eau.

Alex a un bidon d’essence flexible et une housse de protection en plus pour 18,5kg de bagages au total. Et chaque ulm a sa PLB.

 

J1:

Départ prévu jeudi 6 juillet 2017 à 8.30 2 jours aller, un jour sur place, deux jours retour.

Chargement des affaires, dont un paquet de cookies qui s’avèrera vital ! Fermeture des hangars et dernier échange verbal sur le choix de la piste à Schwaebischall. On s’accorde sur celle en dur, près des fuel pompes, circuit nord main droite.

  • LF5755-EDTY 150NM 1h41 (Zoufftgen – Schwaebisch Hall)

Après 1h de vol au niveau 55 et le passage de la Forêt noire, les 1540m de béton sont en vue. La Tour nous oriente vers un circuit main gauche en raison de largage de parachutistes.

Les installations sont à l’instar de la longueur de la piste, plus que confortables, salle de briefing au top et machine à café. C’est un excellent choix. L’idée primaire de manger à l’ouverture du restaurant à 11.00 est définitivement abandonnée, la météo ne semblant pas tenir du coté de Munich jusqu’au début d’après-midi. Plutôt que de voir avorter notre périple pour avoir traîné, communément nous repartons en jouant la carte sécurité. Les avions sont rassasiés, pour les pilotes ce sera différé.

  • EDTY-EDNK 146NM 1h41 (Schwaebisch Hall – Kirchdorf)

Il fait déjà très chaud. Décollée en premier, encore en montée à peine sortie du circuit, l’ipad s’éteint avec comme message rouge, température trop élevée. Le Nynja est réquisitionné pour passer en tête.  L’ipad est déinsséré du ram mount et placé de la main gauche près de la bouche d’air pour qu’il veuille bien refroidir. Il lui faudra quelques minutes pour se rafraîchir et être d’accord de redémarrer. Contournant la zone de Munich à 3000 pieds seulement autorisés, après une centaine de km le Nynja ralentit, les turbulences de midi se font ressentir.

Bien qu’ayant enregistré comme repère visuel le fleuve en parallèle de la piste selon la carte, celle-ci n’est visible qu’au dernier instant. Georges est à la radio pour nous accueillir et nous donner la 22 avec le survol du champ de maïs en avant début de piste. Kirchdorf est une base extra : un clubhouse sympathique avec wifi, de l’essence et des pilotes enjoués, prêts à aider les visiteurs.

Une super pizzeria (Stern am Inn) nous tend les bras à côté de la piste, elle sera élue pour le repas du midi ainsi que celui du soir. L’après-midi servira à préparer la route, la suite du voyage et les ulm.

 

J2:

  • EDNK-LHSM 231NM 2h29 (Kirchdorf – Heviz)

Décollage prévu à 7h30, pas de petit déjeuner…heureusement le paquet de cookies est là.

Kirchdorf an Inn est limitrophe de l’Autriche, à peine en l’air change-t-on de pays, aussi quand Munich info annonce qu’ils ne trouvent pas mon plan de vol l’idée de reposer est sérieusement envisagée. Mais, nouvelle solution : m’ajouter sur le plan de vol d’Alex, excellente idée, ce qu’il demande à la FIS. Entre temps ils retrouvent la trace du mien. Un nouveau problème de résolu.

La route choisie passe au sud de la TMA de Linz, longe les montagnes jusqu’avant Wien, un vol au cheminement dont le paysage est époustouflant notamment le visuel sur 2 lacs d’un bleu azur en arrière fond les Alpes encore enneigées.

A 7500ft, Wien info demande de descendre à 7000ft en raison de trafic; un seul appareil sera en vue, en montée, au loin….  Il est temps de prendre un cap +45° en direction de la Hongrie, bien évidemment le point d’entrée est demandé : SASAL. Au passage des premières montagnes le Rans subit une ascendance inattendue de +10, les 2 réglages de la ceinture seront resserrés à fond. Entendre du hongrois à la radio est très marrant, tellement c’est incompréhensible. Descente de 6500ft à 1500ft, visuel sur un morceau de lac puis la longue piste d’Heviz en la prenant côté ouest à DIOSKAL.

A peine posés et les moteurs coupés, 4 gaillards bien musclés viennent en aide à porter les plots de béton pour attacher les ulm, puis c’est au tour du camion d’essence dont la taille dépasse de loin celle de nos petites machines accompagné de la voiture incendie-pompiers pour nous ébahir.

Le Nynja a, pendant le vol eu un voyant de la batterie qui s’est allumé; les connexions sont vérifiées avant de le bâcher et de se rendre au gate.

Heviz : 10€ taxe atterrissage, 5€ la nuit de parking et 11€ pour le service d’aide à attacher les ulm. Les formalités sont lentes, l’attente d’une hypothétique voiture de location n’en finit pas si bien que c’est un taxi qui nous charge jusque l’hôtel. L’hôtel est fermé mais un restaurant est ouvert dans la rue, au menu schnitzel, sandre et une assiette pleine de cornichons commandés à la carte pour une salade de concombres…

Sans moyen de déplacement cela semble relativement compliqué aussi contacte-t-on la base de Balatonkeresztur LHBK, destination du lendemain,  pour voir s’il n’y aurait pas une possibilité de ce côté-là.  Bingo !! Une voiture est disponible : directement réservée à partir de 11.00 le lendemain.

Après le repos des guerriers auprès de la piscine, c’est le moment du taxi pour aller aux thermes réputés de la ville bénéficier de l’eau magique à environ 30° du plus grand lac biologiquement actif au monde. Le ciel gris sent l’orage. Nage sous la pluie, au milieu des nénuphars, enrobés de l’odeur de soufre. Puis, ballade, le village est en fête, la musique bat son plein, il n’y a que l’embarras du choix pour la petite restauration.

 

J3:

  • LHSM-LHBK 81km 1h06 (Heviz – Balatonkeresztur)

Retaxi jusqu’à l’aéroport pour un tour du lac. L’idée avait bien été évoquée la veille de faire ou ne pas faire un plan de vol et avait finalement été retenu que, pour un malheureux petit tour d’une heure ce ne devait pas être nécessaire. Erreur, heureusement non fatale, qui vaut une réprimande de la contrôleuse dès le roulage! Décollage en 16 et vol à 1700ft pour profiter du paysage tout en évitant les zones restreintes. Survol des thermes d’Heviz et mitraillage de photos.

Seulement 9h30 et déjà il est nécessaire de se battre avec les commandes, les turbulences sont d’autant plus ressenties à la limite des terres et de l’eau.  Mais la couleur verte du lac, cette petite île, avancée de terre au milieu du lac, la zone protégée de Tihany, sanctuaire des oiseaux en vaut vraiment la peine.

Arrivé aux 3/4 de la longueur du lac, le Nynja monte à 4000 pieds pour une traversée en sécurité. Tandis qu’il survolera les festivités du Balatonsound,  son visuel sera perdu.

Go direct to LHBK sauf que LHBK n’est pas dans le Garmin, qui soit dit en passant vient juste de subir le dernier update avant le voyage. Reste l’ipad …et le cheminement.

4 minutes avant la destination, il n’y a que des bottes et des bottes de pailles, visibles. Le Nynja vient de rattraper le Rans, et, plus haut, a lui déjà le terrain en vue. Des avions au sol permettent enfin de repérer le strip, verticale et en avant pour la 32, en choisissant une main gauche pour un atterrissage calme face au lac dans toute sa splendeur. Les 3 “petits” terrains de Hongrie avec lesquels nous avons correspondu n’avaient pas de circuit défini, le pilote choisit s’il préfère une main droite ou une main gauche.

Les avions au sol sont en fait deux Antonov, gigantesques biplans. Jozef nous accueille, organise la voiture, les bidons vides, la pension : le Reiterhof est à seulement quelques pas du terrain …Et en avant pour le tour du lac, enfin un morceau, d’en haut, force a été de constater que plusieurs jours devraient être nécessaires pour boucler le périmètre. 300m ne sont pas parcourus que la police arrête le véhicule, notre chauffeur n’a pas son permis de conduire avec, retour au terrain pour le récupérer, puis c’est à la vitesse des 50km/h autorisés que Siofok est rejoint. L’eau du Balaton arrive jusqu’aux genoux quand bien même s’éloignant du rivage comme décrit dans les revues. Les estivaux profitent de l’ombrage des arbres pour s’abriter des 40°, il règne une ambiance familiale agréable, très conviviale, un air de vacances. Sauf que la météo se dégrade en Allemagne et qu’il faut se coller à la réalité : envisager un retour en allant le plus loin possible en évitant les towering cumulus bourgeonnants et la pluie annoncée.

 

 

 

J4:

  • LHBK-EDNK 233NM 2h54 (Balatonkeresztur – Kirchdorf)

Levés 5h00, derniers check météo, on passera l’Autriche et après, on avisera. Décollés à 6.00 avec un dernier regard pour le lac et ce cadre fabuleux au lever du soleil.

 

La chance n’est pas de notre côté, vent de face non-stop, le vol fera 3 heures, le niveau 45 fait gagner quelques minutes. Le relief et les paysages variant, le vol ne semble pas excessivement long cependant mieux vaut ne pas présumer de ses forces et donner un peu de glucose aux neurones en se jetant sur le dernier cookie.

Georges nous ouvre le terrain spécialement à 9.00, puis on sera bloqués jusque 10.15, le temps de la messe, la ville de Kirchdorf a négocié (ou imposé) avec l’aéroclub aucun mouvement lors du service religieux.  En fait de 10.15 ce sera jusque 13.00, le radar de pluie se concentrant d’abord sur Munich puis se déplaçant vers l’est, reste à adopter une posture d’attente.

  • EDNK-EDRY 196NM 2h22 (Kirchdorf – Speyer)

S’il faut y aller alors autant continuer le plus loin possible. Les prévisions des jours à venir sont encore plus alarmistes pour le vol VFR, le plus près on sera, le plus facile il sera d’organiser un autre moyen de transport si d’avenant on se retrouvait cloués au sol.

Pour le ravitaillement essence + pause, ce sera SPEYER, 100km plus loin que Schwaebisch Hall. Après on ne sera plus qu’à 1 heure de la maison. Passage de la TMA de Munich au rythme des altitudes de traversées autorisées. Plusieurs terrains organisent des fêtes aériennes sur notre trajet et quelle grande 1ere que d’assister en vol à un looping, l’angle de vue est carrément autre que celui du sol ou de l’intérieur de l’avion de voltige.

A plusieurs km avant Speyer, la visibilité se détériore, un bulletin météo de la station est demandé pour savoir si on peut encore poser. Affirmatif. On intègre la vente arrière de la 16, tourne en base et c’est magique de survoler la ville de Speyer avec son musée de l’aviation. Les pleins sont rapidement faits, montée au Charlie pour s’acquitter des redevances et demander l’avis météo : on a exactement un créneau d’une heure, après ce sera trop tard. Coup de fil aux copains à Zoufftgen pour un bilan en temps réel. On saute dans nos ulm.

  • EDRY-LF5755 97NM 1h13 ( Speyer – Zoufftgen)

A noter :

RPM 4800, 160km/h, monstrueuse cellule orageuse à l’est de Zweibrucken, déroutement à l’ouest, soutien actif de Langen en nous donnant toutes les info demandées, contents de voir les fumées de Cattenom à l’horizon, le Rans passera à l’ouest de la centrale nucléaire, le Nynja à l’est pour tous les deux atterrir à Zoufftgen, avant la pluie. Contents et fourbus, après 6h30 de vol, ni l’un ni l’autre ne penserons à fermer le plan de vol jusqu’à ce que nous soyons contactés par téléphone!